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Un des trésors de Taiwan est la multiplicité et la variété de ses temples. Qu'il soit d'aspect modeste, blotti au fond d'une impasse, ou bien de taille importante au décor foisonnant, le temple ici accueillera toute personne qui voudra honorer ou solliciter une ou plusieurs divinités, à n'importe quel moment de la journée.

 

 

On retrouve à Taiwan tous les dieux du panthéon classique chinois de la religion populaire, composé de personnages de la mythologie (ex. le dieu de l'agriculture Shennong), de divinités stellaires (ex. Doumu, la mère du boisseau, et ses fils étoiles de la Grande Ourse) de personnages historiques divinisés dont le plus représenté est incontestablement le général des "Trois Royaumes" Guanyu (Guandi), de héros légendaires ou littéraires comme le "Grand Saint Egal du Ciel" qui n'est autre que le Roi des Singes du roman "Le pélerinage vers l'Ouest" ou Xiyou ji.  

 

Dieu des lettrés au temple Huiji 

 

La divinité sans aucun doute la plus honorée est Mazu (photo ci-dessous), la protectrice des pêcheurs. On peut trouver sa statue dans la quasi totalité des temples de l'île.

Dans les temples bouddhiques, on trouvera les principales divinités comme le Bouddha Sakyamuni, le Bouddha Amithaba, le boddhisatva Guanyin ou déesse de la Miséricorde. 

 

Nombreux sont les temples fondés par les communautés d'émigrants en provenance du continent en particulier de la province du Fujian à partir du 17e siècle sous la dynastie Mandchoue. Le plus emblématique de ces temples est le temple taoïste Bao'an  de Taipei édifié en 1742 qui honore le "Grand souverain protecteur de la vie" : Baosheng Dadi, une divinité venue du Continent. Les sculptures sur pierre et sur bois, peintures murales et l'ensemble du décor a bénéficié d'une campagne de restauration saluée par un prix de l'Unesco en 2003.

 

En Chine, bien que les temples soient fréquentés par de plus en plus de fidèles depuis une trentaine d'années, un grand nombre d'entre eux sont devenus des sites touristiques dont l'accès est payant. Il arrive que le manque de décor et la piètre qualité de la statuaire surprennent le visiteur. Les soubresauts politiques du 20° siècle telles les destructions pendant la Révolution culturelle en sont une des causes principales. 

A Taiwan, on peut constater au contraire que les temples sont ouverts à tous les visiteurs sans accès payant (sauf de rares exceptions) et que de très nombreux temples abritent des statues des divinités d'une grande finesse. Le décor riche et foisonnant (dorures, sculptures en pierre ou en bois, bas-reliefs, fresques tout à fait admirables, témoigne de la vitalité et du savoir-faire des artisans de l'île.

 

Les statues ici deviennent noires car la fumée d'encens ne cesse d'imprégner les vêtements et les parties découvertes de la divinité. Cette couleur "charbon" symbolise une dévotion profonde de la population, renforçant d'autant plus l'efficace de la divinité. Cependant, lorsque la statuette est trop abîmée par une longue exposition à la fumée, elle est remplacée par une autre nouvellement sculptée, dont on insufflera l'âme de la divinité lors d'un rituel spécifique.                    

Ci-contre : Guanyin, déesse de la miséricorde

 

 

Les dieux ne sont pas disposés au hasard sur les autels. Ces derniers supportent les statuettes et le mobilier nécessaire aux divinités. Ainsi par exemple, s'il s'agit d'un dieu ayant obtenu un poste officiel dans la bureaucratie céleste, on le verra assis sur un siège digne de son rang, devant son bureau d'officiel avec porte pinceau, sceau, etc, avec de chaque côté de la table un assistant ou un conseiller, les divinités étant souvent représentées en triade. L'ensemble est disposé de telle sorte que la scène semble vivante. 


à gauche : statue du "Grand Saint Egal du Ciel", le Roi des Singes divinisé

 

 

D'après un recensement officiel, il existe actuellement à Taiwan plus de 12 000 temples dédiés aux cultes bouddhique (19,5%), taoïste (78,35%), et de la religion populaire Yi Guan Dao (1,83%). Tainan, au sud de l'île abrite à elle seule 1 613 temples.

 

  cérémonie privée dans un temple de Tainan

 

Texte et photographies © Michèle Zedde
Tous droits réservés
 
 
 
 
 
Une promenade dans un parc public en Chine nous plonge dans une atmosphère délicieuse et inoubliable, à condition de se lever tôt. 
 
 
 
 
C'est en effet tôt dans la matinée (les parcs et les jardins publics ouvrent généralement à 6 h), que le citadin attentif à sa santé, va « réveiller » son corps en pratiquant l'activité de son choix. Il peut s'agir de mouvements de qigong ou de taijiquan, d'une simplicité apparente mais efficace pour la santé si l'on respecte les règles consistant par exemple à maintenir une bonne position du corps, sans tension, une respiration douce et continue, etc. Il peut s'agir d'exécuter des enchaînements d'arts martiaux, avec ou sans armes telles que le bâton, le sabre, l'éventail.
 
 
On peut aussi préférer  pratiquer une danse latino-américaine. Tout ce qui consiste à apprendre à bouger son corps dans les règles de l'art sera considéré comme bénéfique pour la santé physique et mentale. 
 
 
 
 
Le chant fait aussi partie des arts de la santé, car il nécessite de bien respirer et faire circuler correctement le souffle (le qi) dans le corps. On pratiquera des chants issus des opéras locaux traditionnels, en solo ou petites formations, ou bien des chants révolutionnaires dans une chorale. 
 
Les musiciens amateurs sont aussi les bienvenus. On  peut s'exercer à toutes sortes d'instrument, ce qui donne lieu très souvent à une cacophonie bon enfant. Car dans un parc chinois, l'espace est rendu convivial et tout se passe dans une bonne humeur générale.
 
 
Si la gymnastique et le chant y sont largement pratiqués, en solo ou en groupe, d'autres activités comme les jeux   d'adresse (jeu du volant chinois, que l'on envoie et que l'on récupère par le talon ; lancers de diabolos ; maniement de cerfs-volants, etc.), ou bien plus statiques, les jeux de cartes, contribuent à l'animation du parc fréquenté par toutes les générations. Cependant les habitués les plus nombreux sont incontestablement les retraités qui y retrouvent leurs amis, leurs voisins et y passent une bonne partie de la matinée. 
 
 
Entre 2 enchaînements de gymnastique, ils marquent une pause en buvant le thé ou l'eau chaude qu'ils ont apportés dans leur thermos individuels. Certains parcs comme le parc Fuxing de Shanghai  ont aménagés une maison de thé en plein air. 
 
 
Les plus âgés apportent avec eux leur oiseau favori en cage, qu'ils accrochent à la branche d'un arbre et profitent ainsi du chant mélodieux de l'oiseau tout heureux de se retrouver « à l'extérieur ». 
 
 
En réalité toutes ces pratiques ne se déroulent pas obligatoirement dans un parc. Un tout autre espace  comme un trottoir suffisamment large, une place publique peuvent être investis en matinée, ou à la tombée de la nuit, lorsque la circulation se fait moins dense. 
 
A savoir :
Le premier parc public de Chine ouvrit en 1868 à Shanghai dans la concession internationale. Il s'agissait d'un parc de conception européenne, sur l'actuel emplacement du parc Huangpu. 
Quant aux anciens jardins impériaux chinois, ils furent ouverts au public des décennies plus tard, sous la République, comme le Palais d'été à Pékin, en 1924. 
 
 
Texte de Michèle Zedde
Photographies : © Martine Lambillote ; © Marylène Auxepaules
Tous droits réservés